Alliance avec Nantes en Commun ou Nantes en Confiance : mon avis de militant

( 8 minutes de lecture)

Dimanche 31 mai 2020 au soir nous avons  collectivement fait le choix d’un accord avec Nantes en Confiance pour le second tour des élections municipales. Suite à cette annonce, nous, militant.e.s avons reçu de nombreux messages se félicitant ou se disant déçu cette décision. A titre personnel, je pense en avoir reçus autant pour l’un que pour l’autre.

Je vais essayer de vous donner les arguments qui, pour moi, ont pu peser en faveur d’un accord avec l’équipe sortante. Cet article s’adresse plutôt à des personnes qui auraient suivi l’actualité politique nantaise pendant les élections municipales de 2020.1

Le pari « Nantes en Commun »

Les termes du débat ont vite été posés, aussi bien dans les négociations avec Nantes en Commun qu’auprès de nos instances : «  La droite n’a aucune chance de passer à Nantes, donc nous pouvons nous permettre de prendre le risque d’un accord avec Nantes en Commun même s’il n’a que peu de chance d’aboutir à une victoire ». Le second tour permettra de confirmer cette hypothèse du peu de risques que la droite l’emporte.

Si la question de la mobilisation de notre électorat est centrale, c’est bien parce que nos propositions entre NEC et EELV sont proches. Nous avons quelques désaccords sur le rapport aux acteurs et actrices existant.es, et je porte la critique que, dans une certaine mesure, des propositions de Nantes en Commun pourraient étouffer des initiatives citoyennes (monter un producteur d’énergie qui fasse concurrence directe à Enercoop, une régie alimentaire qui serait mal acceptée par les acteur.trices du territoire…). En tant que militant associatif, c’est très problématique pour moi, et le rapport aux acteurs et actrices associatif.ves, ainsi qu’à l’ESS en général doit être sain. Cette question est un élément d’inquiétude mais en réalité avec quelques ajustements et concertation avec les groupes concernés, nous aurions certainement pu développer ce solutions en accord avec les acteurs du territoire.

Le nœud du problème c’est plutôt de savoir si nous pouvions arriver premier ensemble à l’issue du second tour. Un sondage a montré que l’électorat de gauche écologiste s’est moins mobilisé que les autres au premier tour, certain.e.s arguaient donc que nous aurions pu espérer un score supérieur à l’addition de nos voix.

C’est peut-être vrai, on ne le saura jamais vraiment, mais ce qui chez moi a fait pencher la balance vers un accord avec l’équipe sortante, c’est l’analyse des cartes des résultats du premier tour par quartier. Les quartiers qui ont voté pour Nantes en Commun et Nantes Ensemble sont les mêmes : le centre-ville, l’ile de Nantes, Chantenay, … Pour ma part j’ai été particulièrement étonné de ce résultat, surtout quand on voit la campagne que Nantes en Commun a fait. A fortiori l’équipe Nantes en Confiance (équipe sortante) conserve une bonne implantation sur l’ensemble de la ville.

On peut y opposer beaucoup d’arguments – la prime au sortant de la maire, le fait que les quartiers où habitent des populations plus fragiles vont chercher de la sécurité et de la stabilité, … – mais le problème reste là : Comment pouvons-nous prétendre parler au nom du peuple avec un tel clivage géographique ? De plus, dans un contexte de sortie de crise et de forte abstention, il m’a semblé que notre potentielle liste d’union, quand bien même elle passerait, ne serait que peu légitime.

On peut bien sûr relativiser cet argument : Face à l’urgence climatique ne faudrait-il pas tout de même faire ce pari et emmener la ville dans une direction dont certain.e.s ne veulent pas nécessairement, pour le bien commun ? On en revient quelque peu à ce débat de démocratie VS urgence collective. Peut-être est-ce un peu banal comme opinion, mais j’ai tendance à mettre au dessus de mes considérations militantes l’impératif d’avoir des institutions où les gens se reconnaissent et s’identifient (je changerais peut être d’avis sur ce point dans les années à venir, on verra). Or sur une liste d’union avec Nantes en Commun, la campagnes aurait été « Nous contre tous les autres », et en passant de justesse, cela aurait voulu dire gouverner la ville contre 70% de sa population. À moins de proposer de monter les communes autonomes de Chantenay et de l’Ile de Nantes et ne gouverner qu’avec notre électorat commun, cela parait compliqué.

Mais alors, quid de l’autre option ?

Nantes en confiance et le parti socialiste

L’autre option c’est donc l’alliance avec Nantes en Confiance, portée principalement par l’équipe sortante. La stratégie a déjà l’avantage de ménager les efforts pour les journalistes et commentateurs de la vie politique, puisque les « punchlines » devaient déjà être écrites à coup de « Les verts retournent à la soupe », ou autres « Les Verts de retour au bercail ».

Sur le fond, je pense que le débat se polarise autour de deux sujets :

  1. En cas d’alliance et de victoire, pourra-t-on agir ? (donc qu’est-ce qui a été négocié et pense-t-on que cela sera respecté)
  2. Cette alliance a-t-elle du sens dans l’histoire de notre mouvement ? (donc le PS est-il en train de changer et est-ce sensé de s’y allier aujourd’hui ?)

Agir

La précédente mandature a posé un gros problème : il y a peu de confiance entre ‘nous’ et ‘eux’. Des projets comme YelloPark ont considérablement effrité la capacité de travailler ensemble, et si collaboration il y a, c’est sur des éléments tangibles qu’elle doit-être évaluée. Ces éléments tangibles s’axent autour de documents d’accords et notamment d’un nouveau projet politique. Ce programme fusionné est essentiel car il sera la feuille de route des services de la ville et de la métropole pour la suite. Les écologistes sont donc arrivé.e.s aux tables de négociations avec une première version de ce programme fusionné, et cela a servi de base. Des centaines de propositions ont été passées en revue, la majorité ont été validées, certaines ont fait l’objet d’un débat pour aboutir à un « accord sur un désaccord », c’est-à-dire que nous actons le fait que sur tel ou tel sujet nous voterons différemment. Notre alliance semble grandement faciliter l’accès à la mairie à  la liste Nantes en Confiance, nous devons donc nous assurer d’avoir suffisamment d’éléments tangibles acceptés.

Le nouveau projet fusionné est accessible à tou.te.s pour se faire un avis, mais selon moi, des victoires aussi bien symboliques qu’effectives ont été conquises. Lors de nos différentes AG en tout cas,  des réponses ont été apportées sur tous ces points et il semble que ce soit cela qui ait influencé le choix des militantes et militants.

Que ce soit par la mise à l’abri de personnes à la rue, l’ampleur du plan de mobilité douce, la remise en cause de certains grands projets, la gestion des déchets, un début de réorientation sur la publicité… Des lignes ont bougé. Nous avons beau avancer cela, des critiques de la part de personnes politisées continuent de pleuvoir sur les réseaux. Et cela touche sans doute au sens de cette alliance.

Quel sens ?

De ce que j’ai pu en voir, les critiques émanent principalement de personnes proches de La France Insoumise. LFI et Nantes En Commun souhaitent mener un combat culturel, pour mettre au centre du débat des sujets qui ne le seraient pas. Les militant.e.s de Nantes en Commun ont ainsi permis de faire connaitre les concepts du municipalisme ou des communs. (c’est la fameuse « Fenêtre d’Overton » et son élargissement). C’est d’ailleurs un but avoué du municipalisme dont se réclame Nantes en Commun et qui est très bien expliqué dans cette vidéo de vulgarisation : Le municipalisme libertaire (de Murray Bookchin) – Politikon #20.

En s’associant avec des groupes politiques d’une gauche que certain.e.s estiment en déclin, les écologistes seraient en train de maintenir artificiellement hors de l’eau un courant politique désuet. Lors des échanges avec les militant.e.s, certain.e.s ont pointé cela, disant que le sens de l’histoire est de se passer de cette gauche productiviste.

De l’autre coté, il est de celles et ceux qui estiment que le parti socialiste (il y a d’autres groupes politiques dans Nantes en Confiance, mais le PS est l’éléphant dans la pièce) est en train de vivre sa mue écologique et qu’il est possible de faire de l’écologie politique avec certain.e.s. Voire souhaitable : embarquer le PS dans une vision de l’écologie anti-productiviste et de dé-métropolisation (la seule qui vaille le coup soit dit en passant), c’est là aussi une victoire culturelle forte.

D’une certaine manière, je pense que les approches qu’ont suivies Nantes en Commun et Nantes Ensemble sont complémentaires : il faut des écologistes dans la majorité, car nous pouvons influer dans cet espace. Mais travailler dans les exécutifs est coûteux (en temps mais aussi en esprit critique), et nous avons donc besoin de mouvement plus radicaux qui viennent déplacer le centre de gravité du débat. C’est aussi grâce à la présence de Nantes en Commun que le débat lors de la campagne ne s’est pas seulement résumé à un match entre gauche et droite, uniquement sur la sécurité par exemple.

La question de fond est de savoir si la gauche va effectivement se recomposer autour de l’écologie politique. Une écologie politique qui ose remettre en cause les grands dogmes du XXème siècle dont certain.e.s ont du mal à se séparer : croissance, métropolisation, centralisation… Les alliances sérieuses, sur la base de programmes réellement écologistes, arrachés dans certaines grandes villes entre le parti socialiste et les écologistes peuvent participer à cela. Mais nous devons pouvoir compter sur les mouvements politiques variés pour nous rappeler à cette urgence de changer les modes de pensée si nous nous perdons en route.

Et la suite ?

Finalement, si je devais avoir un regret, c’est le mode de scrutin. Ce mode de scrutin qui pousse à un débat de fond dans l’entre-deux-tours, mais exclut des mouvements pour qui presque 1 électeur sur 10 (dans les votes exprimés) a voté. Ce mode de scrutin à la prime majoritaire force à mêler des considérations politiques et électoralistes et malheureusement gomme quelque peu l’importance des débats politiques qui auront lieu dans les conseils municipaux ou métropolitains.

Si on reprend des associations de lutte pour la justice climatique (dont je suis le plus proche, mais cela marche pour d’autres mouvements) : Des mouvements tels qu’Extinction Rebellion, Attac ou Alternatiba ont une action complémentaire avec l’action politique dans les institutions. Mon souhait personnel est d’arriver pour les années à venir à réussir ce numéro d’équilibriste de soutien aux mouvements sociaux et environnementaux sans jamais chercher à « récupérer » leurs actions. Il est nécessaire d’avoir des contre-pouvoirs forts et indépendants mais qui ont des interlocuteurs au sein des institutions. Un élu de la république ne peut peut-être pas bloquer lui-même un centre commercial, mais il peut sans doute participer à éviter une répression démesurée, retranscrire les revendications dans son discours ou mettre à disposition des moyens pour mieux s’auto-organiser.

Reprenons une formule qui était le titre d’un projet de « Data Gueule » : « La démocratie n’est pas un rendez-vous ». La démocratie ne s’exerce pas que dans l’acte de vote. La démocratie n’est pas qu’un processus qui a lieu tous les 5 ou 6 ans. La démocratie est un mode d’organisation dont l’élection n’est qu’une manifestation. Quels que soient les résultats à l’issue du second tour donc, une nouvelle page s’ouvre pour que les citoyen.ne.s luttent pour un changement radical de notre société pour permettre à tou.te.s un avenir durable et souhaitable.

Rappel

Pour celles-et-ceux qui voudraient se lancer dans cette lecture sans être au fait de l’enjeu et des dates, voici un petit rappel.

Petit rappel sur les protagonistes

A l’issu du premier tour des élections municipales, 3 listes sont arrivées en tête à gauche :

  • « Nantes en Confiance », soutenu et porté par l’équipe sortante dont une union de la gauche (PS, PC, UDB, Generation.s, …). [31% des suffrages au premier tour]
  • « Nantes Ensemble », porté par une union des écologistes (EELV, Parti Animaliste, Génération Ecologie), liste dont je fais partie. [19% des suffrages au premier tour]
  • « Nantes En Commun », porté par un mouvement politique local et soutenu par La France Insoumise. [9% des suffrages au premier tour]

Petit rappel des dates

  • Le premier tour des élections municipales a eu lieu le 15 mars puis la France est rentrée en confinement. Différentes forces politiques de gauches ont présenté des listes : Nantes en Commun (soutenue par La France Insoumise), Nantes Ensemble (soutenue notamment par EELV) et Nantes en Confiance (soutenue notamment par le PS)
  • Le 22 mai, le gouvernement annonce que les élections se tiendront le 28 juin et que les listes finales doivent être déposées en préfecture le 2 juin.
  • Entre les 22 mai et 2 juin, les différentes listes sont donc entrées en discussion pour savoir si oui ou non elles souhaitaient fusionner leurs listes pour le second tour.

Pour faire en très résumé : il y a une plus forte proximité de projet politique entre Nantes en Commun et Nantes Ensemble. Pour autant les militants de Nantes Ensemble ont choisi d’aller vers une alliance avec Nantes en Confiance pour présenter une liste unique au second tour qui devraient se dérouler le 28 juin 2020.

  1. Pour celles-et-ceux qui voudraient se lancer dans cette lecture sans être au fait de l’enjeu et des dates, j’ai mis un rappel à la fin.

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