5G et sobriété : mon décodage du débat

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Débat 5G, de quoi on parle ?

La 5G vient après la 2, la 3 et la 4G qui aujourd’hui coexistent dans nos téléphones. C’est donc une nouvelle génération de transmission d’informations mobile. Concrètement, « développer la 5G » veut dire que l’on va installer des antennes pour émettre sur des nouvelles fréquences d’onde des informations, et que l’on va concevoir et vendre des nouveaux objets pour l’utiliser (téléphone, frigos, montres, abribus ou encore voitures connectés).

Un débat s’ouvre à Nantes, et en tant que citoyen et militant écologiste j’ai envie de vous partager mes réflexions sur quelques enjeux autour de cette technologie.

Je veux déjà poser une chose dans ce débat : ce qui nous intéresse c’est la diffusion d’information utilisant la 5G dans l’espace public, partout, tout le temps, et le fait de développer un grand nombre d’appareils utilisant cette technologie.

Si vous voulez tester ces fréquences d’ondes pour de la robotique à visée médicale ou dans un hangar pour gérer des stocks, vous pouvez, mais ce n’est pas le débat ici : l’enjeu sur la 5G, et ce que ce terme désigne, c’est bien la question d’antennes déployées partout qui émettent sur l’espace public, du remplacement de tous nos téléphones et du développement d’objets connectés dont nous nous passons jusqu’à présent.

Derrière cette technologie, il y a beaucoup d’enjeux. Je vais vous en partager quelques-uns, autour de la sobriété énergétique, et puis ouvrir sur des enjeux sociaux.

Quel impact ?

Il faut d’abord qu’on parle de l’impact. Ça tombe bien, en France on a plein de gens super qui réfléchissent sur le sujet.

Le Haut Conseil pour le Climat à publié un rapport « Maîtriser l’impact carbone de la 5G », un document assez facile à lire (et surtout vous pouvez commencer par les résumés). Dans ce rapport, ils disent 3 choses importantes :

  1. La 5G a un fort impact environnemental : entre un scénario de sobriété numérique et un scénario de développement de la 5G à tout va, ils et elles estiment qu’on émettrait 6,7 Mt eq CO2 d’ici 2030. Pour rappel, les émissions carbone de la métropole de Nantes c’est 2,3 Mt eq CO2. Donc développer la 5G à tout va, c’est comme installer d’ici 8 ans trois métropoles en plus de la taille de Nantes Métropole. En terme d’économies d’énergies, il faudrait combiner l’effort de 40 métropoles comme Nantes Métropole pour compenser la dépense énergétique supplémentaire. En fait, la dépense énergétique est tellement importante que le Haut Conseil pour le Climat recommande de mettre à jour les documents de prévisions qui assurent l’équilibre du réseau électrique. Cela remettrait même en cause notre capacité à respecter les accords de Paris. C’est bien pour ça que la Convention Citoyenne pour le Climat voulait réguler la 5G.
  2. Au-delà de « pour ou contre la technologie », la question c’est le scénario. En quelques mots : nous ne sommes pas obligés de développer la 5G partout, cela ne pourrait concerner que quelques endroits saturés. Surtout, on pourrait ne pas éteindre les ondes 2G et 3G, et risquer de forcer un grand nombre de personnes à remplacer leur téléphone. Ce sujet n’est pas souvent évoqué dans les débat, mais il faut qu’on creuse cette question des scénarios, surtout dans un contexte ou l’État ne nous laisse pas le choix : il y aura la 5G point barre … Oui, mais à quelles conditions ?
  3. Finalement, le dernier point intéressant que je veux vous partager, c’est que l’impact de la 5G se situe principalement dans nos téléphones portables. Plus de la moitié de l’impact environnemental de la 5G vient du renouvellement de nos téléphones portables. L’énergie dépensée et le carbone émis pour fabriquer ces téléphones qui deviennent des consommables. Le rêve derrière la 5G, ce sont tous ces objets connectés : nos frigos, nos montres, nos abribus, nos vêtements…

Ce point est essentiel, car vous entendrez parfois dire que la 5G est plus économe en énergie. Pour un kilo octet de donnée transmise, la consommation énergétique de la 5G est en effet inférieure à la 4G. Mais c’est sans compter l’essentiel : cela ne prend pas en compte l’énergie nécessaire pour le replacement du matériel existant (antennes et téléphones). Le développement de la 5G et la saturation imaginée des antennes existantes se base sur l’idée que nous allons tous acquérir de nombreux objets connectés très gourmands en données. Or, ces objets sont le principal impact environnemental ! Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les scientifiques et les spécialistes.

Autant vous le dire : au regard de ce rapport, le déploiement de la 5G et tout ce qui va avec complexifie l’atteinte de nombre de nos objectifs comme la neutralité carbone à 2050

Sobriété et 5G : reprendre la question avec le filtre de la transition énergétique

La transition énergétique repose sur 3 concepts : sobriété, efficacité et renouvelables; qu’on peut adapter à notre sujet :

  • La sobriété pour faire évoluer nos usages et réduire nos consommations. Sur les télécommunications ce serait limiter la production de données, d’objets électroniques et d’éliminer les usages inutiles
  • L’efficacité pour optimiser et lutter contre le gaspillage. Sur les télécommunications ce serait optimiser les datacenters.
  • Le développement des énergies renouvelables pour remplacer les énergies fossiles.

Donc quand on parle de transition énergétique, on doit partir de la sobriété à : savoir se demander quelles sont les choses et les usages qui ne sont pas utiles et que l’on doit arrêter de faire.

Et ce n’est pas que pour l’énergie qu’il faut avoir cette démarche ! Pour les métaux aussi : c’est un enjeu, car les métaux sont en fait très peu recyclés, on en consomme toujours plus et il est de plus en plus compliqué de les extraire. Et on pourrait allonger la liste pour parler de la ressource en terres exploitées, en eau, …

Nos limites planétaires sont largement dépassées. Pire, c’est une petite fraction de la population qui en est responsable. Pour changer cela, nous devons faire la chasse au futile, à ce qui augmente les inégalités plutôt que les résorber. Les promesses de la 5G ne sont que futiles, elles ne sont que pour cette même fraction de la population qui sur cette terre a déjà le plus de richesses.

Vous entendrez souvent dire que cela sert la transition énergétique, ou le domaine médical, mais c’est marginal. L’essentiel c’est du gadget, des choses dont nous n’avons pas besoin, des technologies qui mettent toujours plus d’écran entre nous alors que nous avons besoin de solidarité et de lien.

Si vous pensez que le mode de transport du futur est une voiture autonome et connectée, vous devez logiquement attendre impatiemment la 5G. Mais je vais casser vos rêves, on n‘aura pas assez de métaux pour que tout le monde réalise son rêve de science-fiction.

Bref, pas besoin de la 5G, et de toute façon la sobriété nous l’interdit déjà.

Ouverture : 5G, social et obsolescence programmé

J’aimerais finir en vous partageant deux enjeux qui méritent d’être creusés car ce ne sont pas mes spécialités, mais qui me semblent importants.

  • Le développement de la 5G risque d’entraîner l’extinction de la 2G et de la 3G. C’est même cité comme levier d’économie d’énergie : éteindre les vieilles bandes passantes, pour économiser et favoriser les nouvelles. Concrètement, les portables d’avant 2011 (date du début de la 4G) deviendraient obsolètes.
  • Autre inquiétude, celle de l’inégalité territoriale. On nous parle du risque de saturation des antennes avec plein d’objets connectés. Le risque, c’est que les opérateurs focalisent leur investissement sur les villes, déjà bien loties; et qu’ils n’aient plus de marges de manœuvre pour aller investir les zones blanches, ces endroits où il n’y a ni 4G, ni fibre, donc pas de possibilité de faire de télétravail. Les antennes 5G peuvent gérer plus de transmission de données, mais elles émettent moins loin. Elles semblent donc particulièrement adaptées aux métropoles denses, mais pas pour les zones rurales où parfois tous les opérateurs ne passent pas.

Pour ces enjeux et pour tous les autres, il faut remettre la question du développement de la technologie au cœur du débat politique. Je vous ai bien sûr passé de nombreux sujets que chacun aura le loisir d’aller creuser : les enjeux internationaux, sanitaires ou économiques.

J’aimerais juste terminer avec une idée d’Etienne Klein. Vous connaissez l’expression « on n’arrête pas le progrès ». Il y a quelques dizaines d’années, cette expression voulait dire qu’il ne faut pas arrêter le progrès, car le progrès c’est forcément bien. Aujourd’hui l’expression « on n’arrête pas le progrès » a changé de sens, et signifie qu’on ne peut pas l’arrêter. Que le « progrès » progresse tout seul. Que personne ne peut le stopper.

En fait, on confond innovation technologique et progrès. Alors que la question que nous devons nous poser c’est : « Et si cette innovation technologique allait à l’encontre du progrès humain ? »

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